Quand j'étais soldat dans la Wehrmacht on avait l'habitude de prendre des petits compléments vitaminés, de la Pervitine qu'ils appelaient ça.
Un soir de 44 après de lourds combats dans la gadoue de la Vistule contre une armée Soviétique supérieure en nombre et en armes, nous avions trouvé, mes camarades et moi, refuge dans les ruines d'une vieille ferme.
Fourbus de fatigues et n'ayant de nos vies qu'une idée morte je me souviens que nous décidâmes, dans un dernier élan de folie de nous envoyer l'ensemble de nos plaquettes de "vitamines" qu'il nous restait et que l'état major nous avait fournis en nombre en prévision des combats acharnés à venir contre les démons rouges.
Le ventre vide, nos rations de nourriture pourries par l'humidité, nous avalâmes l'ensemble de nos comprimés à grand renfort de café et restâmes un instant, trop fourbus pour articuler des phrases de plus de trois mots et nous échangeant ce que nous croyions être des discussion et qui ne devaient s'apparenter qu'à quelques grognements et autres borborygmes qu'on eût pu croire issus de quelques contrées nègres.
Un moment, alors que nous commencions à sentir venir le sommeil qui se confondait alors peut-être avec la mort dans ces moments où rien n'a plus de substance que le sentiment lointain de nos corps, amas de chair meurtries et de boue; il me semblait discerner au loin une fanfare grandiose qui me rappelait les grands Rallyes où mes camarades et moi, emportés par la ferveur nous réunissions pour rendre